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EPISODE #1 – MALVOYANT ET DÉJÀ 3 MARATHONS. EN ROUTE VERS LES JO

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Martin Clobert est un jeune namurois de 27 ans. Malvoyant, il a su s’adapter à son handicap et réaliser des objectifs sportifs et personnels qui lui semblaient hors de portée il y a quelques années encore. 

Lorsque à 10 ans Martin perd en l’espace de 6 mois la quasi-totalité de ses capacités visuelles, rien ne pouvait laisser présager qu’un jour il puisse rêver de participer à des Jeux Olympiques.

À force d’implication, de volonté et d’adaptation, il réalise son premier marathon en 2016, ce qui constitue un véritable déclic pour lui.

Dans cet Episode #1, Martin nous dévoile : 

  • En quoi la course à pied et le marathon lui ont changé la vie
  • Les enseignements personnels et professionnels qu’il retire de sa passion
  • Comment il a su s’adapter à son handicap et viser les JO paralympiques 2024

Bonjour Martin, j’espère que tu vas bien et merci d’être notre premier invité. Pour commencer, pourrais-tu nous expliquer comment tu as vécu l’évolution de ton handicap, et comment tu en es arrivé à faire de la course à pied ?

Mon handicap arrive à 10 ans et j’étais déjà sportif à l’époque. Je m’épanouissais très bien dans mon sport qui était le basket. Mes capacités visuelles ont fortement baissées à cet âge-là, ce qui ne m’a pas empêché de continuer, même si c’était plus dans une idée d’être avec les autres mais sans véritablement m’épanouir sportivement. J’avais beaucoup moins d’impact dans le jeu, j’étais beaucoup plus réservé. J’ai quand même continué jusqu’à mes 17 ans mais ça devenait vraiment problématique. Je voyais la balle au dernier moment et je ne m’amusais plus du tout.

J’ai donc décidé d’arrêter le basket et me suis retrouvé sans sport, ce qui ne me convenait pas. J’ai dû trouver un sport qui allait me permettre de me dépasser, m’épanouir et où mon handicap n’était pas vraiment un souci à la performance.

J’ai commencé à courir pendant mes études en kinésithérapie, même si le programme ne prévoyait pas qu’on aille courir souvent. J’y allais donc de mon côté mais vraiment de manière graduelle. C’était un loisir et surtout l’idée était de faire quelque chose, peu importe le niveau. Au final, on se sent quand même bien par après.

Tu pouvais courir seul ?

Oui, je courais seul déjà, et sans montre ou équipement pour m’indiquer mes allures pendant mes sorties. J’utilisais seulement mon téléphone pour enregistrer mes séances. Heureusement, aujourd’hui encore j’ai la capacité de courir seul, même si parfois y’a des endroits dangereux comme traverser une grande route par exemple. J’ai appris à m’adapter aux situations qui se dressent face à moi, et je peux encore prendre du plaisir et m’évader en allant courir seul.

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Tu te rappelles de ta première course ? 

En 2014, je commence par un objectif qui me semblait énorme à l’époque : les 20 km de Bruxelles. On décide d’y participer avec des copains de Namur. Super ambiance, grande foule, pleins d’anecdotes et de souvenirs avec mes copains. Même si mon chrono n’était pas exceptionnel, que j’étais courbaturé à l’arrivée, le dépassement de soi m’a vraiment motivé.

Le plaisir comme déclic

C’est ce qui t’a motivé à viser plus haut si je comprends bien ?

Oui, parce que je me dis que l’être humain, même si malvoyant, malentendant ou vivant avec un autre handicap, peut tout de même réaliser des exploits, se dépasser et réaliser des objectifs qu’il s’est fixé. Le marathon était quelque chose qui me dépassait à l’époque, mais je décide tout de même d’en faire un objectif. En 2014, je demande les plans d’entrainement d’un ami qui en a déjà couru plusieurs. Je lis son plan et je ne comprends pas grand chose. C’était rempli de termes techniques : le fractionné, les 30-30, toutes des choses dont je n’avais pas la moindre idée.

Le déclic a lieu véritablement en 2016. En fait, fin 2015 je me blesse : syndrome de l’essuie-glace bien connu par les coureurs. C’est une tendinite assez frustrante qui t’empêche de courir régulièrement et à chaque séance tu es obligé de diminuer de plus en plus tes kilométrages. C’était causé par mon équipement qui n’était pas vraiment adapté à la course à pied. On me conseille de changer de chaussures et la douleur disparaît de suite. Le fait de pouvoir retrouver du plaisir en courant me montre à quel point j’aime ça, et c’est là que je me dis que c’est peut-être le moment de faire un marathon.

Comment tu abordes cette préparation à un premier marathon ?

Je me lance seul en utilisant le programme que mon ami m’avait envoyé deux ans auparavant. L’idée est de prendre du plaisir, de ne pas être dégoûté et de courir du début jusqu’à la fin. Je ne me fixais aucun objectif temps.

Tu peux nous donner quelques détails de ce premier marathon ?

Déjà à l’époque, je me suis inscrit à la dernière minute. Je voulais faire Rotterdam mais il était déjà complet. Je me suis donc inscrit à Hanovre parce que ça tombait le même jour, et ça tombait bien pour la préparation que j’avais déjà entamée. J’y participe avec mon beau-frère et quand j’arrive sur la fin, le parcours marathon rejoint celui du semi. Je me retrouve dans la foule de participants et quand je passe la ligne d’arrivée mon téléphone me dit « 39 km ». Il peut y avoir des petites imprécisions mais pas 3 kilomètres. Là, même si je suis fatigué j’ai une montée d’adrénaline et je cours dans tous les sens. Je retourne dans la foule de coureurs pour trouver un steward et lui demander où se trouve l’arrivée mais il me dit que je viens de la passer. En plus, on ne remarque pas de suite que je suis malvoyant. Quand mon beau-frère arrive il m’explique que pour le marathon il y avait une boucle sur la fin, que je n’ai pas vue. On peut dire que mon premier marathon n’est en fait pas un marathon complet, mais tant pis.

Et tu l’as vécu comment de ne pas avoir parcouru les 42 km ? 

Énorme frustration évidemment vu que c’est le premier, que j’avais pour objectif de finir. En plus, après mes 39 km, je sentais bien que j’étais prêt à le terminer. Ça m’a remis face à mon handicap et m’a fait comprendre que je dois être plus prévoyant à l’avenir. C’est arrivé une fois mais il ne faut plus que ça arrive, surtout que maintenant j’ai des objectifs chronométrés.

Même si tu ne fais « que » 39 km, ton objectif est rempli pour ce premier marathon. Tu n’es pas dégoûté, tu es encore relativement frais à l’arrivée et surtout l’envie d’enchaîner sur d’autres marathons. Depuis lors, tu en as fait 2 autres, et grâce à tes chronos prometteurs tu passes une journée de détection organisée par la ligue handisport francophone. Désormais, tu es dans un circuit qui pourrait t’amener à participer aux JO paralympiques de Paris en 2024.

En fait, depuis ce premier marathon, je décide d’en faire 1 par an et je fais des chronos assez bons pour quelqu’un qui ne fait pas d’athlétisme et qui s’entraîne seul sans trop s’y connaitre. Je passe cette journée de détection qui se déroule assez bien. En plus, en discutant avec eux je comprends que la ligue n’a pas vraiment d’athlètes pour les longues distances comme je souhaite faire. J’ai considéré cela comme une opportunité.

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Est-ce que c’est une évolution que tu avais imaginée en t’inscrivant à tes premiers 20 km de Bruxelles ?

Pas du tout ! Déjà 20 km à l’époque me semblait énorme. Même si en étant petit j’avais comme projet d’être sportif de haut niveau, je n’aurais jamais cru être capable de produire autant d’efforts, d’être aussi régulier aux entraînements et de faire preuve d’autant d’implication.

Finalement, qu’est-ce que t’en retires comme enseignements sportifs ?

Tout est possible et il suffit d’avoir une énorme volonté parce qu’il y a toujours des embûches. Et la progression dépend de la volonté de la personne à s’impliquer dans son sport. Si maintenant je suis capable de faire des chronos que jamais j’aurais osé espérer, c’est parce que je me donne les moyens et m’implique énormément pour y arriver.

Je pense aussi que c’est nécessaire d’entretenir le plaisir pour garder la bonne dose d’implication. Ça me fait donc penser que finalement, tout le monde peut y arriver.

Le marathon peut changer une vie

Est-ce que tu penses que courir et faire des marathons a changé ta vie ?

Clairement, surtout par rapport à mes études ! Quand j’ai commencé ma préparation pour mon premier marathon, j’étais en première année de kiné et j’avais pas mal de soucis à cause de mon handicap, notamment l’adaptation à un tout nouvel environnement. Le fait d’avoir réussi ce premier marathon m’a permis de faire un transfert de ce succès vers mes études. Le fait de devoir plus m’impliquer, aller jusqu’au bout des choses, m’investir dans ce que je ne comprenais pas, comme un étudiant normal l’aurait peut-être fait dès le début. Ça m’a donc clairement aidé pour la suite de mes études et pour les réussir.

Est-ce qu’on peut dire que tu en retires comme enseignements le fait de te sentir capable de te fixer des objectifs, de t’impliquer avec toutes tes ressources personnelles, et de t’adapter malgré les difficultés ?

Oui, et aussi que mon handicap n’est pas une excuse pour ne pas y arriver. Si je fais le lien avec mon premier marathon je peux dire que je l’ai couru à 100%, même s’il me manque 3 kilomètres, mais c’est aussi un rappel que mon handicap est toujours présent et que je dois en tenir compte en m’adaptant pour y arriver. Je sais maintenant que je dois vraiment mettre tout en oeuvre pour réussir, tant dans les marathons que dans la vie en général.

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Est-ce que cet accomplissement sportif a changé ta relation avec tes proches, tes amis, les personnes qui t’entourent ?

Handicap ou pas handicap ça reste un exploit pour tout le monde, peu importe le niveau. J’ai eu beaucoup de retours positifs, beaucoup d’encouragements de ma famille et de mes amis. Il y a aussi eu un engouement de personnes dont je ne m’y attendais pas. Chacun s’y retrouvait un peu et appréciait mon implication. Au final, je crois que tout le monde a compris pourquoi je le faisais et pourquoi je me suis autant battu, tant pour arriver à accomplir cet objectif sportif que mes études à l’époque.

Un marathon ça ne se court pas seul

Je te suis un peu sur les réseaux. J’ai lu que de temps en temps ton papa t’accompagne à vélo pour tes sorties. Comment vivent tes parents le fait que tu t’entraînes autant avec un objectif aussi ambitieux que les JO ?

Ils m’ont suivi et étaient plutôt pour. Aujourd’hui, ils sont assez impressionnés par ce que je suis capable de faire. Même si pour moi des fois ça me semble banal, ils sont là pour me rappeler que ça ne l’est pas. Et l’inverse est vrai aussi, ils font attention à moi pour que je n’aille pas dans l’excès.

Aujourd’hui tu es kiné dans une maison de repos. Est-ce que la course à pied t’a aidé dans ton boulot ?

Je pense que ça m’a aidé, surtout en cette période de Covid où l’on a été pas mal touchés. Tout ce que je pouvais faire pour eux était d’aller jusqu’au bout de ma journée (ndr. il travaille à mi-temps d’habitude) et tant que je n’avais pas fait le tour de tout le monde je ne partais pas. Donc oui, je me suis là aussi fort impliqué et au final j’en retire beaucoup personnellement, notamment dans la collaboration et l’entre-aide. Pour comparer, un marathon ça ne se fait pas tout seul, on a besoin du soutien et de la motivation des gens qui nous entourent. Sur une course, avoir ses proches sur le parcours nous aide vraiment mentalement, ou sur une préparation avec ma coach qui m’aide à me dépasser.

Dans la maison de repos c’est pareil, on a besoin de tout le monde pour que ça fonctionne, il n’y a pas de petits étages ou petits échelons.

Dans un marathon, quels que soient le niveau ou l’objectif, tout le monde réalise une performance, tout le monde souffre de la même manière. Peut-être même que le dernier a plus souffert que le premier, il est allé au bout de lui-même et ça m’impressionne énormément.

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Je te remercie de souligner qu’un marathon ça ne se court pas seul. C’est comme dans la vie, on a besoin d’avoir des gens qui nous entourent pour avancer, rester motiver et maintenir un niveau d’implication élevé. On arrive à la fin de cette rencontre et je souhaitais te poser encore 2 petites questions. 

Tout d’abord, quels seraient tes 3 conseils à toute personne qui aurait envie de participer à son premier marathon ?

Je n’ai pas vraiment 3 conseils purs. Je pense que pour faire un marathon, il faut tout d’abord bien s’informer pour le vivre pleinement et en faire un moment de plaisir. C’est s’informer sur tout, la préparation, nutrition, etc. dans l’idée de faire un marathon pour ne pas en être dégoûté et ne plus vouloir en faire.

Le deuxième petit conseil est de savoir pourquoi on le fait et ça va nous permettre de rester motivés, et via la motivation une discipline se mettra en place. Par exemple, il y a des jours où j’ai pas envie d’aller courir, ou il y a des jours où j’ai pas envie d’aller au boulot, mais je sais pourquoi je dois y aller et ça me motive.

Enfin, le dernier conseil est de bien s’entourer toujours dans la notion qu’un marathon ne se court pas tout seul. Chaque personne qui nous entoure nous apportera quelque chose à certains moments. Voilà, c’est ce que j’en retire et que j’essaierai d’utiliser pour atteindre mes objectifs dans 4 ans.

Enfin, si tu devais décrire le marathon en un mot ? 

J’utiliserais une petite expression « Just for fun ». S’il n’y a pas de plaisir y’a pas de marathon.

Un tout grand merci à toi Martin, et que ces 4 prochaines années soient pleines de satisfactions sportives et personnelles !

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